Ballerine de feu
La danseuse de feu a le velours sauvage. On peut se perdre dans ses entrelacs sans jamais chercher à retrouver sa route, on peut se remplir de pudeur à l’ombre virginale de ses hanches et croire aux Dieux d’un monde qui n’a ni terres, ni repos.
J’ai bu sa peau de ballerine de feu, ce soir, dans cet étrange rêve peuplé de sueurs sèches aux senteurs de vanille et brûlant le soleil de mes nuits interdites.
J’ai surtout lapé le petit serpent mouillé qui, gourmand, ondulait de mes lèvres de désir à ses lèvres de plaisir, chatouillant mon palais, glissant entre mes dents, fouillant les frissons du tabou encore frétillant, mille fois plus exquis, justement, parce que coupable de n’être aux yeux du Monde qu’un vice répugnant.
Le serpent n’ondulait pas que dans nos gorges ! Il s’est emparé de nos cuisses nues, enroulant nos poignets prisonniers, les mêlant, les tordant pour en faire crier la caresse de nos vagues marines cousues l’une à l’autre.
J’ai bu sa peau de ballerine de feu, ce soir, léchant la chaleur de ses yeux capricieux fardés de l’encens, sucré, des sentiers d’un Jérusalem battu par des vents vénéneux.
Elle a croqué mon fruit du bout de ses seins d’argent, cherché mes soupirs à la chaleur de mon sang. Ma gorge palpitante s’est soumise aux regards de la foule obscène, fière de l’opprobre innocente qui coulait de ses veines et de ses paupières incultes, analphabètes des routes du contre sens .
Elle s’est délecté de mes rivières, de mes collines.
Elle a perlé de doutes et de tentations le malheureux printemps de mon ventre jamais ouvert aux saisons capricieuses.
Elle a griffé mes épaules, lourdes des péchés accusateurs charriés en cacophonie sourde depuis les origines, et les a percutées pour les dissoudre en un souffle de graines empourprées.
La plume de ses ongles s’est arrêtée sur mes fesses, cambrées, languissantes. De ses paumes tièdes jaillissait l’or poudreux de toutes mes attentes. La foule pouvait rugir, de ces doigts ainsi posés naissait un rempart magique impossible à corrompre. De son souffle azuré je puisai l’âcre fumée du désir sublimé. La caresse a glissé dans le fin sillon de ma cambrure, et le doigt agile a cherché, puis trouvé.
La danseuse de feu sait chercher, sait trouver.
La danseuse de feu saupoudre de douceur chacun de ses gestes pour lui accorder mille instants d’extase pour un battement de cil.
La danseuse de feu fait pousser des papillons d’argent dans mes veines.
Ses lèvres de ouate ont alors fermé mes yeux. La vanille doucement s’en est allée. Les bracelets de la danseuse ne jouaient plus à ses fins poignets. J’attendais ses doigts, sa peau, je tendais mes sens vers le joyau de son sexe inexploré. Rien. Les épines d’impatience ont relevé mes paupières, au sol, palpitait un long cheveu de soie.
J’ai laissé glisser mes doigts sur le miroir de demain. Derrière la buée, j’ai lu.
J’ai lu ma langue au bord des lèvres de feu de la ballerine de nuit. J’ai lu son désir dans le delta de son fleuve vaginal. J’ai lu mes mains récoltant le pollen de ses orgasmes fantômes et suçant le miel du péché originel.
J’ai lu ses cris, ses vagues déchaînées et son sommeil de paix à la couleur de pain frais.
J’ai lu le miroir de demain.
Et j’ai su que la buée s’effaçait, et revenait.
Comme la danseuse de feu…
Comme la danseuse de feu…